Bonsoir à tous,
Vendredi dernier, il faisait beau, et j’ai décidé de changer mes habitudes. Plutôt que de rester enfermé pendant ma pause déjeuner, j’ai choisi d’aller flâner dans le tramway, à la rencontre d’un(e) inconnu(e). L’occasion parfaite pour profiter du soleil, qui fait tant de bien au moral, et pour retrouver la motivation de poursuivre ce projet un peu fou, débuté en 2013.
Comme je travaille non loin de la ligne 1, je me suis donné pour mission de trouver quelqu’un au terminus. Elle était d’abord un peu méfiante – comme beaucoup d’ailleurs – mais a finalement accepté de se prêter au jeu et de se livrer à un inconnu.
Aujourd’hui, je vous présente Gabrielle, 22 ans.
"Je me sens utile, et pour l’instant, je m’éclate."
Gabrielle est informaticienne :
"Je suis en alternance, donc je partage mon temps entre l’entreprise et l’école. Je me spécialise plutôt dans les systèmes et réseaux, mais j’ai encore beaucoup à découvrir, alors rien n’est figé pour l’instant."
Je sais par expérience que les femmes sont encore rares dans ce domaine, surtout en systèmes et réseaux. Je lui demande donc si l’informatique a toujours été une vocation pour elle.
*"Pas du tout, c’est un peu arrivé par hasard ! À la base, je suis juste curieuse. Au lycée, j’ai dû choisir entre deux options, et l’informatique était clairement la moins pire… (rires). J’ai bien aimé, mais je ne me suis pas tout de suite dit que j’en ferais mon métier. C’est revenu plus tard, après une longue réflexion personnelle.
Après mon bac S, j’ai arrêté mes études et travaillé dans le prêt-à-porter, mais ça ne m’a pas plu. J’ai enchaîné avec un service civique dans une association, puis, après le Covid, j’ai tenté une formation en alternance dans le commerce… et pareil, j’ai arrêté.
J’ai alors pris le temps de me poser et de réfléchir à mon avenir. C’est là que je me suis souvenue de cette option en informatique qui m’avait plu au lycée. Et me voilà !"*
Et alors, ce choix te plaît ?
"Oui, parce que je me sens utile. J’aide les gens au support, et comme je suis curieuse de nature, pour l’instant, je m’éclate."
"C’est comme ça que je me sens utile."
Je lui demande de m’apprendre quelque chose sur son métier.
*"C’est dur comme question, surtout que tu es déjà dans le domaine ! (rires)
Ah si ! Je travaille pour une entreprise qui répare des flexibles hydrauliques. Mon job, c’est d’assister les techniciens en déplacement lorsqu’ils rencontrent des soucis avec l’application qu’ils utilisent. Je les aide à distance en suivant des process… et c’est comme ça que je me sens utile."*
"J’ai toujours voulu jouer de la guitare, alors je me suis lancée."
En dehors de son travail, Gabrielle aime le sport. Elle a pratiqué l’athlétisme et le badminton, mais, faute de temps, elle se contente aujourd’hui d’aller à la salle.
"Sinon, j’ai toujours eu envie de jouer de la guitare, alors récemment, je me suis lancée… et j’adore ça !"
Ce qu’elle n’aime pas ? Le climat anxiogène actuel.
*"Tous ces conflits, cette haine, cette violence… Ce manque d’empathie général. Et tous ces hommes en quête de pouvoir, c’est affligeant.
Demain, c’est la Journée internationale des droits des femmes, et je pense qu’elle est plus que jamais d’actualité."*
"J’ai besoin que ça bouge."
Et aujourd’hui, es-tu heureuse ?
*"Oui et non. Je suis entourée de gens que j’aime, j’aime mon travail… Mais j’aime quand ça bouge !
J’ai fait pas mal de choses malgré mon âge : service civique, intérim, jobs d’été… Et cette routine ancrée dans la société – tramway, boulot, dodo – j’ai du mal à l’accepter. Je sais qu’il faut que j’apprenne à la gérer, mais j’ai besoin de challenges, de mouvement."* (rires)
Le mot de la fin ?
"Ton projet est un peu spécial au premier abord, mais je trouve ça sympa de parler avec un inconnu, sans jugement… Ça fait bizarre de se livrer comme ça, sur un quai de tramway." (rires)
Merci Gabrielle, et au plaisir de te recroiser, dans le tramway ou sur le quai.
A.